"Tu crois à ces trucs-là, toi ?" me demandait récemment un confrère rencontré à une conférence donnée par Estelle Vereeck sur le décodage dentaire.
Devant ma réponse positive, le confrère, visiblement agacé, se lança dans une longue diatribe contre "ces c… de patients qui croient à des c… pareilles".
Mais en quoi cela peut-il déranger un dentiste que son patient adhère à cette vision et cherche à comprendre le sens de ses problèmes de dents ?
Je posais la question à ce confrère qui ne sut quoi me répondre.
Soyons sérieux, chers confrères. Si Estelle Vereeck développait des théories telles que celles que j'ai (malheureusement) entendu ou lu à plusieurs reprises, proférées par certains auteurs, je comprendrait qu'on puisse s'en méfier: les dents auraient le pouvoir de se régénérer toutes seules (entendez par là sans aucun soin), les dents en malposition pourraient reprendre d'elles-mêmes la bonne place dès lors que l'on a identifié le conflit associé, la rage de dent ou pulpite serait un processus de réparation de la pulpe et il ne faudrait surtout pas la soigner, etc.
Oui, en tant que dentiste, je comprends que l'on puisse développer la plus grande réticence vis à vis d'approches qui affirment de tels non sens. Développées par des ignorants ou des individus peu scrupuleux, ces approches sont de surcroît dangereuses puissent qu'elles incitent le patient à ne pas se soigner.
Or rien de tel chez Estelle Vereeck. En tant que professionnel, j'apprécie particulièrement chez elle de mettre d'emblée les points sur les "i" et de ne jamais, dans aucun de ses ouvrages, laisser croire au patient qu'il pourrait se passer du dentiste.
"La prise de conscience des facteurs psychiques d'un problème ne remplace pas un soin. Hormis de rares lésions, les atteintes dentaires sont irréversibles" peut-on lire dans l'avertissement au début du Dictionnaire du langage de vos dents*.
Dès lors, je me demande bien en quoi est-ce ennuyeux pour le dentiste que son patient cherche à comprendre ce qui lui arrive ? En tant que professionnels, nous pouvons porter un regard amusé sur certaines croyances de nos patients mais jamais nous ne devons nous permettre de les juger. Ceci renvoie bien évidemment à l'éternel combat entre médecine conventionnelle et médecine alternative. À propos de ces deux approches, le Pr Pascal Hammel interviewé dans l'Express** affirmait : "Oui, elles sont réconciliables, même dans le cancer". Et ce gastro-entérologue exerçant à l'hôpital d'ajouter : "Le praticien hospitalier n'a pas à sermonner son patient s'il consulte, à côté, un thérapeute qui lui apporte un soutien".
Voici la preuve d'une belle ouverture d'esprit. Quand les dentistes montreront-ils la même ?
En outre, je peux en témoigner, les patients qui s'intéressent au langage des dents, sont généralement plus impliqués et plus motivés que les autres, prêts à investir et à s'investir dans des soins de qualité.
* Le Dictionnaire du langage de vos dents, éditions Luigi Castelli
** L'Express, n°2977, semaine du 24 au 30 juillet 2008